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Le Sas
de Michel Azama
Mise en scène, décor & scénographie : Patrick Schmitt
Concept son : Fabienne Guédy
Avec
Claire Rigollier
Du 13 janvier au 1er mars 1998 au Théâtre Essaïon
Chronique de Vincent Josse / France-Inter – Vendredi 13 février 1998
«… Ils sont rares les moments de grâce au théâtre, ceux qui vous rendent sinon plus pur, du moins plus léger, comme en phase avec vous-même, …
Cette sensation, vous l’éprouvez en sortant de la pièce « LE SAS », de Michel Azama. Azama a connu la prison, il y a quelques années, pas en tant que prisonnier, mais en tant qu’animateur d’un atelier de comédien. Il a travaillé à la prison de Rennes avec douze prisonnières, dont il a écouté l’histoire et la douleur. De cette écoute est née une pièce, un monologue, « LE SAS ». Le Sas, comprenez : le passage, le passage d’une femme de la captivité à la liberté.
Une femme incarcérée depuis seize ans pour meurtre passe sa dernière nuit en prison, dans la cellule des partantes. Bien sûr, cette nuit-là, elle ne dort pas, mais elle pense au lendemain, la peur au ventre et rumine le passé, les larmes aux yeux. Claire RIGOLLIER, ancienne élève de Chéreau à Nanterre, interprète le rôle de cette femme en partance. Belle, la quarantaine, les traits tirés, comme abîmée par la solitude et le remords, vêtue d’un seul pyjama blanc, elle tourne, devant nous, comme un lion dans sa cage. "J’étais bien, là, au chaud », dit-elle, angoissée à l’idée de revivre.
Peur des petits riens, de ne plus savoir compter l’argent, de ne plus savoir ouvrir les portes – en prison, un gardien vous les ouvre et les referme derrière vous – peur de quitter le cocon qu’elle a mis des années à tisser. En prison, elle a connu Nicole. La douche prise toutes les deux, envie de tendresse, tout simplement, mais condamnée, d’où le mitard, la solitude, toujours.
Les copines qui se pendent, les kilos que l’on prend par défaut d’exercice, la mort d’une mère qu’on vous annonce sans vous ménager, elle n’oublie rien. Comme son procès. Condamnée à 16 ans, elle a observé les jurés au moment du verdict et dit à son avocat : « Peut-être aurais-je dû mettre mon tailleur beige ».
Azama a trouvé la juste place. Il est témoin, il est poète, sans recherche d’effets, sans pathos. La tension ne retombe jamais. Patrick Schmitt, le metteur en scène, s’efface devant l’émotion, joue des lumières et du blanc de la cellule, fait entendre de temps à autre le son mat des clés dans les portes. Claire Rigollier pleure sans jamais larmoyer, crie sans aucune hystérie. Cette femme, qui vit sa dernière nuit en prison comme le dernier jour du condamné, est bouleversante de force, d’espoir anxieux et d’authenticité.
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| Photos : agence Enguerand/Bernand – Pascal Gély |
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